The Heidies, duo instantané

Mis à jour : 29 mai 2018


Le duo, en matière d’Art, est comme une forme parfaite. Il épargne à l’oeuvre la solitude : que dirait-on d’un lieder de Schubert chanté sans la présence du piano ? Sans pour autant céder à l’exubérance : plus de quatre mains sur le clavier et c’est à n’y plus rien entendre.

Pour l’Art photographique, l’équation peu sembler moins naturelle. On ne peut

presser à deux le déclencheur de l’appareil, un diaphragme ne connait pas d’entredeux,

le point focal ne peut se trouver qu’en un seul infime lieu de l’espace, toute la

surface du film (ou du capteur numérique) ne connait qu’une seule sensibilité.


The Heidies / Form H-34

The Heidies / Form H-31

The Heidies est pourtant bien un duo, photographique. Un duo inséparable, à tel

point que je ne sais pas distinguer l’une de l’autre protagoniste. Laquelle met en

scène ? Laquelle cadre ? Laquelle pose ? Laquelle fait le point ? Laquelle choisit la

profondeur de champs ? Laquelle fixe le contraste et la couleur ? Laquelle prend tout

le soin nécessaire au tirage ?


The Heidies / Roche II

En effet, la technique est une chose essentielle dans l’oeuvre des Heidies. C’est la

condition sine qua non à la beauté formelle de ces photos. Elle est d’autant

nécessaire que les oeuvres se déploient par séries, et que leur cohérence repose sur

une technique parfaite qui laisse toutefois la place à un plaisir visuel pour le

spectateur.


The Heidies / Roche III

Car oui, je trouve un plaisir à parcourir du regard, à scander des yeux, chaque volet

de la série, du début à la fin, de m’accrocher aux mouvements d’une figure féminine,

qui marche, danse ou plonge, jouant avec le décor et les accessoires, ceux d’un

théâtre pas tout à fait minimaliste, mais dont on retrouve les formes simples d’une

« tableau » à l’autre.


The Heidies / Roche IV

Ainsi il ne s’agit pas de photographies seulement « pour la forme ». Mais chacune

porte une narration et un propos. La mise en scène est importante et ouvre le champ

vers la peinture qui est aussi exposée aujourd’hui.


Pour certaines photos, les peintures et collages de Caroline Denervaud ont servit de décor, ou « d’accessoires ». Les formes, les rythmes, les couleurs sont les mêmes, mêlées, partagées par Pascaline Dargant lorsqu’elle tient son appareil photo.


The Heidies / Foehn I

Pourquoi dès lors séparer, sur un critère de forme et de technique, ce qui s’allie à

merveille ? Je l’ai dit dès le début, un duo est un tout parfait. C’est l’essentielle raison

de ce « parcours » parmi les photos et les oeuvres peintes. L’on doit admettre que

l’exercice n’est pas nouveau et qu’il existe depuis bien longtemps longtemps un lien

entre les deux formes d’art.


Qu’il s’agisse de figuration, d’abstraction, ou, dans le cas de cette exposition, d’un

équilibre subtile entre les deux, le rapport entre les séries est plus qu’évident : il est

nécessaire.

C’est justement dans le caractère « instantané » des oeuvres peintes par Caroline Denervaud que réside ce même équilibre.

Le support « léger » du papier rappel celui du support photographique et la

souplesse de la caséine mélangée aux pigments,n’est pas sans évoquer

la gélatine argentique. Caroline y fixe des formes, des couleurs, un grain même,

tout à fait en adéquation avec les tirages photographiques.

Et s’il faut finir de disserter, au sujet d’un art ou d’un autre, d’une alliance possible

entre les deux, je ne peux que laisser la place à l’expérience propre du visiteur, qui

devrait tout à fait oublier des frontières qui n’ont jamais eu de sens en matière d’Art.


Arnaud Pagnier, Galerie Nord


Voir les oeuvres des Heidies disponibles sur www.artismagna.com/catalogue

Voir les oeuvres de Caroline Denervaud disponibles sur www.artismagna.com/catalogue

Voir les oeuvres de Pascaline Dargant disponibles sur www.artismagna.com/catalogue

A propos :

Pascaline Dargant  (photographe) et Caroline Denervaud (plasticienne-performer) se sont rencontrées à Paris et partagent la nationalité suisse. Une grande complicité artistique nait en 2014 lorsque Pascaline photographie Caroline répétant une chorégraphie. Elles créent leur duo. Les Heidies travaillent dans un cadre défini d'unité de temps, de lieu et d’action, elles explorent le geste et la matière pour en extraire un instant d’équilibre fragile.    

Les photographies des Heidies capturent la spontanéité et l'innocence de l'instant quand le contrôle est lâche et que tout peut être recréé d'un pas ou d'un mouvement. Les visages cachés, l'imagerie des Heidies se construit autour de courtes histoires que le spectateur peut composer lui-même. Explorant la façon dont les formes se rencontrent, elles célèbrent comment un ressort ou un geste créatif peut transformer l'espace, la signification d'une seule étape ou d'un mouvement naturel en recréant à la fois un nouvel espace ou un non-espace.


Publications "The Heidies":

Elle, US / Hajinskymag, Londres, Berlin, Amsterdam 

19 vues
  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon

© 2020 ARTISMAGNA - GALERIE & LEASING D'ART CONTEMPORAIN