Interview d’Emmanuel de Boisset, Fondateur de la Galerie Artismagna.

Mis à jour : nov. 6



Interview réalisée par Romain Paoletti pour Pramana Consulting Group au sujet de l'Art en entreprise avec Artismagna.


Romain Paoletti :

Depuis la création de notre cabinet de conseil en innovation digitale, le bien-être au travail é toujours été une des polarités de notre philosophie #NoRobots tournée vers l’Humain. Il nous est donc apparu essentiel de repenser les modes d’organisation autour du capital humain afin de distinguer notre esprit de corps, mais également de scénariser des locaux reflétant cet état d’esprit.


La scénarisation que nous avons choisie mise sur l’Art,


et c’est Artismagna qui l’a mise en place.


En effet nous avons constaté que l’Art emporte les collaborateurs de Pramana vers des sujets hors des sphères professionnelles et des petites habitudes, provoque des débats, et favorise l’innovation au quotidien. Ainsi en mariant deux sphères qui n’ont pas pour habitude de se côtoyer — l’informatique et les Arts -, Pramana parie sur une nouvelle forme d’ouverture d’esprit.




R.P. : Emmanuel de Boisset, à vos yeux, qu’est-ce que l’Art ?

Emmanuel de Boisset :

Vaste question ! A laquelle je répondrai en m’appuyant sur une formule de E.H. Gombrich dans la préface de sa formidable « Histoire de l’Art » que je recommande vivement soit dit en passant. Il commence par annoncer que l’Art n’existe pas, seuls existent les artistes.

Je souscris totalement à cette assertion un peu forcée mais tellement vraie au fond : l’Art est une longue suite de créations humaines formant une "Histoire". Cette somme est elle-même le fruit du partage et de la confrontation d’une multitude d’histoires et de pensées uniques, attachées à des hommes et des femmes ayant raconté le monde ou leur monde pour en tenir un propos visuel, une narration palpable.


J’ajouterai que les artistes travaillent en filiation les uns après les autres dans l'Histoire, c’est-à-dire en se référant à ce qui a été fait : pour copier, pour contourner, pour dépasser ou encore pour contester une production. Tous ont essayé avec plus ou moins de succès de se distinguer par une « marque » (inspiration, technique, innovation, propos) jusqu’à provoquer des ruptures occasionnelles. Notons au passage qu’une rupture - quelle qu’elle soit - se réfère à une création antérieure ! Je pense du reste que dans votre secteur aussi, cette définition s’applique…même si un acteur économique du secteur des SI doit servir des besoins exprimés, pratiques et relatifs, alors que l'Art sert le Désir et une quête d'Absolu autour de l'histoire de l'Homme et de la Beauté du monde.



R.P. : L’Art concerne t’il tout le monde ?

E.B. : Je le pense oui. Le lyrisme et l’homme sont indissociables. La recherche de la Beauté ou la compréhension de notre Condition nous concernent tous et nous distinguent notamment du règne animal, qui reste déterminé par ses instincts.

L’Art est à mes yeux l'expression matérialisée du "lyrisme", cette donnée constitutive de l'âme humaine devenant phénomène que l’on décide ou non d’encourager par l’affirmation d’un goût et d’une pratique (au sens d’une approche personnelle).

Vouloir comprendre l’Art, c’est vouloir le prendre avec soi au sens étymologique du terme : l’appréhender, le faire sien. Pour cela il existe une multitude d’attitudes ou de clefs et nous avons la chance de vivre à une époque qui facilite grandement l’accès aux œuvres d'art si l’on n’en achète pas pour soi.


Ceci étant dit, l’Art vu comme un bloc (ce qu’il n’est pas) peut faire peur. Il est concevable de se dire que sans un solide bagage de connaissances préalables, il nous apparaît impossible de s’approcher d’un tableau ou d’une sculpture. Or cette réflexion que nous rencontrons souvent écarte de facto la dimension principale de l’Art qu’est l’émotion. Une émotion ne se prévoit pas, ne se travaille pas, et même à l’inverse elle se vit sur le vif ! Ensuite il peut être intéressant de vouloir la comprendre et l’expliquer mais en tous cas, cette émotion première est le pont entre l’art et ce « tout le monde » que vous évoquez. Nous y croyons fermement, et de très petites œuvres mineures peuvent aussi bien procurer cette émotion, que des œuvres renommées.


Ici se trouve le cœur de notre action de galeriste, de collectionneurs et de conférenciers : partager nos émotions et accessoirement nos connaissances auprès de tiers non-initiés mais simplement curieux. L’émotion lue sur un visage face à une œuvre d’art que nous présentons reste pour nous une recherche et une récompense fondamentale.



R.P : Pourquoi l’Art en entreprise sur artismagna.com ?

E.B. Précisément pour la raison que je viens d’invoquer : offrir à tous des possibilités quotidiennes pour réagir émotionnellement ! Ce sans avoir à se déplacer, ou pire, à vaincre des peurs (pour entrer dans un musée ou une galerie).


Il nous apparaît que l’entreprise est plus que jamais un lieu social doté de forts enjeux, dans lequel on passe le plus clair de son temps. Selon quels principes ce lieu serait il dénué de toute forme de beauté ?

Il nous semble — ainsi qu’à nos clients corporate — au contraire bien opportun d’offrir des formes d’accès à la Beauté du monde par l’accrochage d’œuvres d’art. D’après ce que nous constatons, ces expositions surprenantes dans un milieu professionnel provoquent a minima l’étonnement général (synonyme de vitalité, une bonne chose en soi), génèrent des conversations passionnées (et donc passionnantes), et permettent au commanditaire de se distinguer par l’affirmation d’un goût. Enfin nous pourrions évoquer les conséquences capitalisantes de l’art sur lesquelles nous misons chez Artismagna : sur l’esprit de corps et la notion de bien commun, sur le bien-être au travail, sur la perception de vos invités, sur la dimension participative entre collaborateurs réunis dans un même espace, sur l’interaction entre une direction et des employés, bref la liste des bénéfices est longue… et finalement à peu de frais au regard de ce que peuvent coûter des séminaires et autres « feux de paille » lorsqu’ils ne forment pas une suite orchestrée.


Tout ceci contribue à l’attractivité de ce que l’on appelle aujourd’hui la « marque employeur ».

Nous avons donc décidé de changer les règles d’acquisitions d’une œuvre d’art en adaptant une offre souple (de location en rotation, ou de leasing avec option d’achat) dédiée aux entreprises…



Romain Matteoli


Retrouvez cette interview sur : https://medium.com/@pramanaconseil